Bonheurs au pluriel

Par Chocolat

J’ai 22 ans, et je suis en couple depuis quatre ans. Cela ne fait que quelques mois que mon compagnon et moi avons décidé de prendre ce chemin, le chemin du PolyAmour, sous la forme de relations primaires et secondaires. Cela a été progressif, et je pense que ça a fait évoluer notre couple énormément, dans le bon sens du terme. On est plus proche que jamais, avec beaucoup de confiance, et encore plus de discussions qu’auparavant.

Lorsque j’avais une douzaine d’années, j’ai vu un téléfilm, dans lequel un couple, pendant toute leur vie, avait chacun eu des relations sur le côté, en parlait à son conjoint, avait confiance en l’autre, s’aimait vraiment et ne se jalousait pas. Je n’ai jamais pu retrouver ce film. Dès cette époque, j’ai compris que, si je pouvais atteindre cela dans mon couple, un idéal, cet idéal, cela serait la perfection absolue. Car il s’agit de la plus belle preuve d’amour : faire confiance à l’autre, se mettre en danger, tout en s’épanouissant.

C’est moi qui ai initié ce changement fondamental, à la suite de plusieurs mois (voire années) de réflexions et à la suite d’une rencontre particulière.

Après deux ou trois ans passés ensemble, notre couple était, pour moi, arrivé à un point de non retour, et proche de la rupture, pour tout un tas de raisons plus ou moins rationnelles. L’une d’elles, et non la moindre, étaient que ni l’un ni l’autre n’avions eu beaucoup d’expériences autre que la nôtre, et je me retrouvais dans une impasse : quitter la personne que j’aime, avec qui je veux passer toute ma vie, parce que je n’arrive pas à savoir s’il s’agit de « l’homme de ma vie ». Et là, un événement majeur s’est produit : il part à l’étranger pour trois mois. Pas facile à accepter quand un couple est en crise.

Nous avons décidé de prendre cela comme une chance. De nous donner une certaine liberté, afin de pouvoir aller voir « si l’herbe est plus verte ailleurs », librement, sans contrainte, mais tout en restant en contact comme un couple « normal », en nous disant la vérité, sans tout raconter pour autant. Les limites étaient claires. Pendant cette période, beaucoup de choses se sont dites, de vive voix rarement, par mail souvent, des problèmes se sont dénoués. Vivre à distance pendant un certain temps nous a permis de prendre du recul et nous rendre compte que vivre ensemble toute notre vie si on y arrive est ce qu’on veut réellement.

Ce que nous n’avions pas prévu, c’est que chacun de notre côté, nous sommes tombés plus ou moins amoureux d’une personne que nous fréquentions. Pour lui, en raison de la distance, il ne peut que maintenir contact avec elle. C’est une rupture qui, du moins pour l’instant, est essentiellement géographique.

Pour ma part, j’ai rencontré un autre homme. J’aurai pu juste le laisser partir, mais à côté de cela, je ne voulais pas passer à côté de quelque chose qui, par intuition, me semblait essentiel, qui changerait ma vie d’une certaine manière. Car je l’ai aimé très rapidement, mais d’un amour différent, qui ressemble plus à une amitié sexuelle, bien que j’ai beaucoup de mal à différencier les différentes formes d’amour. Tout me semble lié, avec des nuances tellement subtiles, et sans aucun terme à mettre dessus. Je voulais continuer à le voir, tout en pouvant être libre avec lui, sans devoir cacher mes sentiments, sans devoir être frustrée de ne pas pouvoir le toucher, le tenir dans mes bras, sans que je me sente coupable.

Cette personne est également engagée dans une relation, sa relation primaire. Il n’envisage pas un seul instant de la quitter. Mais pouvoir être ensemble, de temps en temps, nous fait nous sentir plus vivants, nous permet de partager des choses différentes, de prendre du recul par rapport à nos couples respectifs, de nous aimer à temps partiel en quelque sorte.

Au départ, mon compagnon n’arrivait pas à comprendre pourquoi je voulais continuer ma seconde relation. Il se sentait menacé, trahi je pense. Je me sentais seule, j’ai donc fait quelques recherches sur internet, et je suis tombée sur ce terme : PolyAmour. J’ai lu le site polyamour.be, ainsi que polyamour.fr, et je le lui ai fait lire. Il a compris ce que je voulais dire. Beaucoup de discussions ont suivi, de questionnements, de peurs, pour arriver à notre façon de vivre actuellement, et, jusqu’à présent, cela se passe bien.

Les problèmes que j’avais dans mon couple de base se sont largement affaiblis, si pas évanouis complètement. Si nous n’avions pas suivi ce chemin, nous nous en serions sorti. Ça aurait pris plus de temps. Et certaines choses n’auraient pas été évoquées du tout ou de cette façon là. Je l’ai dans la peau, et je veux passer ma vie avec lui. Je l’aime, d’une façon pas rationnelle, mais lui et moi fonctionnons bien, malgré nos différences fondamentales.

Avec mon « autre homme », si nous nous étions rencontré ailleurs, d’une autre manière, célibataires, on aurait probablement eu une histoire. Cela aurait été très différent, et sans doute pas pleinement satisfaisant, car nous fonctionnons d’une façon trop semblable pour former un couple stable. Mais je sais que ça aurait été quelque chose de beau. Dans l’état actuel, en faisant abstraction de mon couple, je suis heureuse de l’avoir rencontré, car cela m’a fait ouvrir des portes et partager des choses que je ne partage pas avec mon compagnon.

Le tout ensemble fait que leur somme ne m’apporte pas tout ce que j’attends dans une seule relation, dans un seul homme, car cela m’ennuierait : l’idéal n’est jamais parfait. Ils sont différents, et donc, ils se complètent, mais c’est plus un fait qu’un choix. Je pense qu’au contraire, leur somme sublime les deux relations. J’ai la chance d’avoir deux hommes que j’aime et qui m’aiment, de pouvoir les voir, les côtoyer, faire ce dont j’ai envie avec eux, sans qu’ils soient jaloux, sans qu’ils m’en veuillent, et j’ai par-dessus tout la chance qu’ils trouvent que ce soit merveilleux ainsi.

Avec mon compagnon, c’est le quotidien, la vie, le sexe, le boulot, la famille, et toutes les choses qui vont avec la notion de couple. Le bonheur que notre société considère comme traditionnel. Avec mon autre homme, c’est la discussion, l’évasion, la bulle, l’inattendu. Sexe ou pas sexe, les deux sont savoureux. Un bonheur plus « border line », hors norme de notre société.

Je pense que finalement, avec mon compagnon, nous allons beaucoup plus loin dans notre relation, dans notre amour que la majorité des couples, en terme de dialogue, de confiance, de relation, de compersion, etc.

Voilà en quelques lignes mon parcours. Un parcours que je vous livre, sans me dévoiler réellement, car ce « nouveau » mode de vie, de pensée n’est pas vraiment bien vu aujourd’hui. Je n’ose pas (encore) parler de ma façon de vivre. Je ne l’ai dit qu’à une seule personne, un ami proche en qui j’ai une très grande confiance, et qui a une grande ouverture d’esprit. Cette personne l’a « mal pris », dans le sens où il jugeait que c’était mal, que ce n’était pas viable à long terme, et que je finirai par tout perdre. Je n’ai pas envie d’être jugée comme cela, et donc, je ne dis rien.

Et pouvoir lire les histoires d’autres personnes, qui vivent ainsi depuis longtemps, me rassure dans le « bien fondé » de ma vision de ma façon de vivre.

Cela ne fait que quelques mois que nous avons pris ce chemin. Je pensais tout savoir dès que j’ai pris cette décision, et plus j’avance, plus je me rends compte que cela soulève des questions, parfois des problèmes, et que cela ne se limite pas juste à avoir deux relations. Il s’agit également de changer ma pensée en profondeur, de voir toutes les implications que cela peut avoir.

Je ne prône pas le PolyAmour. Que chacun fasse son choix de vie, et que chacun respecte le choix de l’autre. Le PolyAmour, l’une de ses formes du moins : la mienne, me convient. Et j’espère pouvoir vivre ainsi encore longtemps.

Je me dis que les PolyAmoureux sont des insatisfaits finalement, des insatisfaits de la société telle qu’elle est. Des insatisfaits qui finiront par faire évoluer la société jusqu’à leur idéal …

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